Parce qu’on me pose souvent des questions à ce sujet, je vais essayer de répondre au maximum d’interrogations ici.


J’avais 21 ans quand j’ai décidé de devenir monitrice de ski.


Vécu :

 – 1 semaine par an de ski de 3 à 10 ans (en cours ESF jusqu’à la 3ème étoile, que je n’ai pas eue…)
– 1 semaine par an de snowboard de 11 à 18 ans
– entre 2 à 4 semaines par an de snowboard de 18 à 21 ans.


A 21 ans, je suis donc retournée sur les skis après 10 ans d’arrêt, avec mon niveau 2ème étoile : début de virage en chasse-neige, fin de virage en dérapage subi.

L’entraînement :

J’ai commencé par participer au bilan de sélection de l’Ucpa fin août/début septembre à Tignes (en 2004). (je m’étais remise au ski 2 jours avant)
A la base, je suis gymnaste, et cela m’a bien aidé : l’Ucpa ne regarde pas que le niveau de ski, il regarde aussi les qualités physiques : détente verticale et horizontale, coordination, vélocité dans un parcours de motricité, endurance…
Il y a également un entretien de motivation et un test écrit.

Bon, suite à ce bilan de sélection, je n’ai pas été prise : skier en chasse-neige, ce n’est pas suffisant, même avec la plus grande motivation du monde et les meilleures qualités physiques…

Par contre, ils m’ont rappelé pour me proposer un poste de barmaid à l’Ucpa de Tignes : il y avait juste une condition pour qu’ils me prennent : que je m’engage à skier tous les jours… Je n’ai pas hésité 1 seconde!

J’ai donc passé un hiver (5 mois) à skier tous les jours, mais surtout avec des moniteurs de ski, en cours. Première semaine en classe 1, 2ème semaine en classe 2, plusieurs semaines en classe 3 et à la fin en cours hors-piste. J’allais également aux entraînements des moniteurs les mercredis quand j’ai eu un niveau suffisant. En effet, les moniteurs Ucpa s’entraînent tous les mercredis (en slalom, recherche DVA, freestyle, freeride…).
Il est important de noter que ce qui m’a permis de progresser cet hiver, c’est de skier avec des moniteurs et donc d’avoir un retour sur ma pratique: savoir vers quoi tendre. Un autre collègue de cet hiver-là, cuisinier, qui voulait lui aussi devenir moniteur, n’a pas eu la même démarche que moi : il skiait plus que moi (il était sur les skis dès l’ouverture pendant que moi, de temps en temps, je n’y étais qu’à 10h pour me remettre de ma murge…) mais il skiait toujours seul : il a pris des défauts qui se sont ancrés sans penser que c’étaient des défauts.

Quand j’ai repassé le bilan de sélection en mai, je peux vous dire que je n’étais plus du tout la même skieuse.

J’ai donc été prise en formation SFP avec l’UCPA. J’ai été financée par la mission locale. Comme j’avais travaillé avant, ma formation était payée et je touchais un peu d’argent à la fin du mois.
Cela n’était pas suffisant pour tout payer : j’ai passé mes premiers tests techniques sans combar par exemple. Ma mallette d’entretien des skis était très succincte elle-aussi.

En janvier, j’ai raté le Test Technique (TT) de 6 dixièmes. En mars, j’ai merdé dans les papiers (en pleine séparation avec mon petit copain de l’époque, j’avais un peu la tête ailleurs) et je n’ai donc pas pu le repasser. Le TT, le sésame pour l’entrée en formation, ne peut se tenter que 2 fois par an.

L’hiver d’après, j’ai quitté l’UCPA et je suis partie faire une saison à la Toussuire en tant que femme de ménage : très mauvais plan! En effet, j’étais libérée toutes les après-midi mais je travaillais le matin. Or, les tracés (slaloms) se trouvent sur les stades le matin, mais pas l’après-midi.
Tous les locaux me disaient que le plus important c’était de faire du ski libre. Je persiste à dire que c’est une grosse connerie pour mon profil et pour tous les profils qui ne sont pas passés par le ski club et ont un tout petit vécu ski. Je reviens sur ce sujet un peu plus loin.
Si vous cherchez un job en station pour pouvoir skier à côté, regardez bien les horaires! Je ne connais pas de meilleurs postes que celui de barman à l’UCPA.

Je ne me suis pas inscrite au TT en janvier car je n’avais toujours pas mis un ski dans un slalom mais je l’ai passé en mars. Je suis sortie 2 fois du tracé donc je n’ai pas eu de temps pour me donner une idée du boulot qu’il me restait à fournir.

A la fin de l’hiver, je commençais à perdre espoir et surtout à m’endetter!

Break



J’ai donc mis mon projet de côté. Retour chez papa-maman à 25 ans, retour aux études, j’ai vécu ça comme la grosse loose au début mais rapidement, j’ai apprécié de voir le frigo qui se remplissait tout seul, le plat qui se préparait tout seul, le linge qui se lavait seul….

J’étais à l’IUFM pour passer le concours de professeur des écoles. Oui, l’enseignement, c’est un truc qui me convient depuis longtemps, je donnais aussi des cours de gym depuis mes 15 ans. Moniteur de ski, on ne choisit pas ce métier pour skier, on le choisit parce qu’on aime enseigner. C’est très important d’avoir ça en tête!

Acharnement



Je me suis quand même inscrite au TT en mars. Je n’avais pas skié de l’hiver. J’ai passé 3 jours aux 2 alpes juste avant l’épreuve. Je me suis rendue sur le stade, et un gentil monsieur, Christophe, m’a coachée gracieusement pendant 2 jours : responsable du stade, il n’avait personne à s’occuper à ce moment-là et a tracé des slaloms rien que pour moi. Alors, oui, peut-être que d’être un fille ça a aidé mais je n’en suis vraiment pas persuadée: le Christophe était marié avec enfant et faisait cela vraiment par passion, sans aucune attente en retour. Mon conjoint a eu la même démarche que moi quelques années plus tard (dans un autre stade, avec d’autres personnes) et a reçu les mêmes attentions.
J’ai passé le TT à Lelex. J’avais entendu dire que c’était plus facile. L’avantage de ne pas être montagnard, c’est qu’on peut passer le TT où on veut. Alors je ne sais pas si c’est plus facile car le taux de réussite a été de 10%, mais je pense que le fait de penser que cela est plus facile aide. (je ne sais pas si vous m’avez suivi?)


J’ai skié la manche de ma vie! Je n’avais jamais aussi bien skié! Je suis arrivée en bas en me disant : « si je ne l’ai pas là, j’arrête sans aucun regret car je ne pourrais jamais faire mieux! ». Et je l’ai eu. J’allais avoir 25 ans.

Nouveau break avant l’entrée dans le cursus du DE Ski Alpin



Tout le monde m’avait dit : « le TT c’est rien, le plus dur c’est l’Eurotest! »

Je n’y croyais pas vraiment. Mais pour me donner toutes mes chances, j’ai choisi de passer la préformation le plus tard possible. La préformation permet d’enseigner le ski contre rémunération, sur des faibles niveaux. Mais une fois la préformation en poche, on a que 3 ans (4 si on est étudiant) pour pouvoir passer l’Eurotest. Après, on peut toujours le passer mais on ne peut plus enseigner. La logique veut qu’on passe la préformation le plus rapidement possible pour pouvoir tout de suite enseigner. Moi j’ai choisi l’option inverse pour me laisser plus de temps, pour maximiser mes chances de réussir l’Eurotest.
Et puis j’ai eu, juste après mon TT, le concours de professeur des écoles, mon conjoint, un enfant…

L’entrée dans le cursus du DE Ski Alpin


Au bout de 3 ans, j’ai passé la préformation, une formalité si l’on est scolaire et un minimum sérieux. Cette préformation permet ensuite d’enseigner contre rémunération. A des niveaux faibles uniquement.


J’ai persuadé mon conjoint de faire une saison à la montagne, juste une, pour me laisser l’opportunité d’obtenir l’Eurotest. J’ai fait une demande de disponibilité auprès de l’Education Nationale qui m’a été accordée (1 an sans bosser donc sans salaire), j’ai postulé à l’ESF. J’ai été prise dans toutes les ESF où je postulais mais le soucis était de trouver un logement à prix décent (et en station pour que Monsieur y trouve son compte).
Cet hiver-là, il n’y avait pas assez de neige sur le stade d’Arc 2000 pour qu’on puisse y planter des piquets. On me disait : « fais-toi des courbes de géant! » GGGRRRR! C’est maintenant que je reviens sur ce sujet! CA RESSEMBLE A QUOI DES COURBES DE GEANT????? Je n’avais jamais mis de skis de géant aux pieds, je n’avais jamais passé la moindre flèche, et on voudrait que je fasse des courbes de géant…
Toujours avec ma même démarche d’aller lorgner sur les stades, j’ai réussi à faire un peu de géant (en squattant les tracés de l’Ucpa, du ski-club, de la section loisir… contre traçage et détraçage par exemple!), en m’inscrivant à un grand-prix…
Je n’en ai pas fait beaucoup mais j’ai tout de même réussi à avoir l’Eurotest en avril. De 0,99s. Presque 1 seconde.
Je reste persuadé que pour les profils similaires au mien, l’Eurotest est plus facile. En slalom spécial, tout va trop vite : on n’a pas le temps de penser à tout, de décomposer la gestuelle. En géant, la technique reste la même sauf qu’on a plus le temps de penser et donc de mettre en pratique.
Un très bon affûtage de mes skis (vieux skis qui m’ont d’ailleurs été prêtés pour l’hiver, merci pour les finances!) m’a aussi bien aidé! Mettre de l’angle est indispensable pour espérer obtenir l’Eurotest, mais au-delà de la technique, si les skis ne tiennent pas on ne peut pas faire grand-chose! La machine du ski-club et le coach ont fait des merveilles!


J’ai eu l’Eurotest en 2013. Lors de ma première saison avec mon conjoint et ma fille alors âgée de 2 ans et demi.

Le financement



Financièrement, si j’avais été célibataire sans enfant, j’aurai choisi l’option UCPA. Poste nourri, logé, 35h assuré, chômage derrière…
Là mon cas de figure est particulier : je démarre tard la formation et avec un conjoint et un enfant. En étant à l’ESF, célibataire, je n’aurai pas pu assumer tous les coûts: tenue, carte syndicale, Urssaf, Rsi, Cipav, logement, matériel… Les jeunes stagiaires de l’ESF vivent presque tous chez papa/maman ou sont en colocation. La coloc, quand on est en famille, c’est quand même pas l’idéal…

Après cet hiver 2012/2013, mon conjoint a pris goût aux saisons. On a donc décidé de re-signer l’hiver d’après, et le suivant, et le suivant, et le suivant…

Durée du cursus


Il m’a fallu 5 ans après l’Eurotest pour finir le DE skisans jamais rater un seul examen et en m’étant à chaque fois inscrite dès qu’une session était ouverte. J’ai passé 2 hivers à ne passer aucun examen, car sur liste d’attente.

Les stages sont chers et même si une partie est financée, il faut déjà pouvoir avancer les frais. Et quand on est en stage, on ne travaille pas comme moniteur donc on n’est pas payé. Raison de plus pour être à l’UCPA si on est célibataire sans enfant. En couple, sans papa-maman, le partenaire a intérêt de bien gagner sa vie.

Et ensuite?

Il faut travailler le reste de l’année. Le métier de moniteur de ski ne suffit pas à vivre de cela le reste de l’année. Les métiers saisonniers, il y en a un paquet: bricolage en tout genre, éducateur sportif, restauration, vendanges, animation, guide, … Je connais aussi des skippers, ingénieurs en informatique, pilote d’avion, vendeurs, préparatrice en pharmacie…
Pour ma part, j’étais éducateur sportif pour ma ville en région parisienne et j’étais bien rémunérée même si peu d’heures. Ce n’est pas grâce à ces deux métiers que j’aurai pu faire fortune, c’était même une situation très précaire, mais je kiffais!

Le recrutement

Concernant le recrutement, à l’Ucpa je ne sais pas mais à l’ESF, l’ESI, Evolution 2… Ils recherchent constamment des moniteurs. Être une fille est souvent un plus. Parler plusieurs langues est indispensable. Il faut s’attendre à ne travailler que pendant les vacances scolaires quand on débute puis de plus en plus au fil des années, de la clientèle qu’on se fait, de sa place au tableau qui monte…
Être complètement indépendant semble également bien fonctionner, encore faut-il être diplômé entièrement.

Concilier monitrice de ski et professeur des écoles


Au bout de 6 saisons (toutes passées aux Arcs l’hiver et en région parisienne l’été ), l’Education Nationale a cessé de m’octroyer des années de disponibilités (année scolaire non travaillée donc non rémunérée mais je garde mon statut de professeur des écoles). De droit jusqu’aux 8 ans de ma fille, elle les a eus en 2018 donc pour la rentrée 2018 j’ai dû reprendre les chemins de l’école primaire.J’ai fait une demande de mi-temps annualisé qui m’a été accordé. Cela signifie que je travaille à temps plein septembre-octobre-novembre-décembre-janvier et que je ne travaille plus le reste de l’année, en étant payée toute l’année à mi-temps.
Par contre, cette demande est à renouveler chaque année en ayant toujours le doute que celle-ci soit refusée. En effet, il y a de plus en plus de refus, la région parisienne étant en sous-effectif de professeurs. Si celle-ci ne m’est pas accordé l’an prochain, je risque fort de démissionner de l’Education Nationale.

Car, oui, j’adore mon métier de monitrice de ski! Et j’adore cette vie de saisonnier : changement de météo, changement de décor, changement d’amis…

Toi aussi ça t’a déjà traversé l’esprit de devenir moniteur de ski ? Tu as des questions à ce sujet ? N’hésite pas à m’en parler dans les commentaires !

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